Peugeot-Japy : 5 questions à Farinia à 3 jours de la décision de reprise


Frédéric Guinot, pdg et actionnaire actif de Farinia, candidat à la reprise de Peugeot-Japy, a répondu ce lundi après-midi, depuis Paris et par e-mail, à nos questions.

 

Montbelfort.info : À trois jours de la décision attendue du tribunal de commerce, et alors que 4A votre concurrent à la reprise de Peugeot-Japy était annoncé comme devant rencontrer cet après-midi PSA, client-clé de l’entreprise, quel est votre état d’esprit ?

Frédéric Guinot (Farinia) : Nous avons des accords avec les clients de Peugeot-Japy (PJ) et leur soutien actif depuis plus d’un mois. En réalité, la raison profonde de notre candidature est l’inquiétude des clients de PJ. Nous travaillons actuellement sur les détails opérationnels de la reprise car il y a énormément de problèmes à régler avant un redémarrage début avril. Je dois dire qu’en tant que groupe qui a indiqué qu’il allait investir dans l’outil industriel et la relance commerciale, on ne peut pas dire que nous ayons été très bien accueillis. Quant à l’opération ville morte pour 28 licenciements dans une entreprise en dépôt de bilan et à la survie fortement menacée, c’est un peu surjoué et en fait préoccupant…

 

— On devine en effet quel objectif vous poursuivez en annonçant significativement à la baisse (de plus de 50% : 28 contre 58 précédemment) le nombre de licenciements que vous prévoyez si vous êtes désignés comme repreneurs. Comment une telle division par deux du nombre de suppressions d’emplois envisagées a-t-elle été rendue possible ?

 

FG : Les effectifs repris dépendent directement des volumes prévus par les clients. L’activité GM (General Motors) par exemple emploie 75 à 80 personnes. Sans renouvellement du contrat GM, ces emplois sont menacés. L’arrêt des fabrications la semaine dernière a achevé de jeter le trouble chez nos partenaires américains. Il y a d’autres clients qui se sont sérieusement posé la question du resourcing [changement de fournisseur, ndlr]. Par ailleurs, il y a un certain nombre de salariés qui souhaitent quitter l’entreprise. On est donc loin de la “casse sociale” annoncée ici ou là. En fait le travail préparatoire accompli par les équipes de Farinia aura permis d’éviter le pire.

 

« L’opération ville morte pour 28 licenciements dans une entreprise en dépôt de bilan et à la survie fortement menacée, c’est un peu surjoué et en fait préoccupant… »

 

— Est-il exact que votre business plan prévoit 50 M€ de chiffre d’affaires annuel contre 80 aujourd’hui ?

 

FG : PJ ne prend plus de commande et n’est même plus consultée depuis un certain temps. Sans nouvelle commande, le chiffre d’affaires va donc naturellement chuter. C’est un sujet majeur de pérennité du site. Nous y sommes habitués et nous y travaillons.

 

— Selon L’Est Républicain de samedi, l’intersyndicale estime que votre projet de repasser le temps de travail hebdomadaire à 40h (38h33′ effectives) entraînera nécessairement une hausse du recours au personnel intérimaire. Quels commentaires pouvez-vous apporter ?

 

FG : Il faudrait demander à l’intersyndicale comment elle calcule cela. D’une manière générale, les sociétés du groupe Farinia travaillent en semaine et pas les week-ends (sauf exception). Cela permet l’entretien préventif, la formation des salariés et somme toute de meilleurs TRS [taux de rendement synthétique, indicateur de suivi du taux d’utilisation de machines, ndlr]. L’organisation atypique mise en place par la direction précédente ne me semble pas avoir apporté la preuve d’une quelconque efficacité. En fait c’est même tout le contraire.

 

— Quel impact a sur vous la présence d’un panel très large d’élus régionaux à la journée de manifestation de samedi à Valentigney ? On pense notamment au symbole assez fort de la présence du maire-député-suppléant de Belfort Damien Meslot (Les Républicains)… À Montbélfort, les manifestations conjointes entre Montbéliardais et Belfortains sont l’exception ! Est-ce le début d’une nouvelle tradition de solidarité-coopération (personnellement et de manière générale, on l’espère !), ou le contexte Peugeot-Japy est-il à ce point exceptionnel ? Qu’en pensez-vous ?

 

FG : PJ est très connue et apparemment emblématique. Cela permet à tout le monde de se manifester auprès de ses électeurs. Ce n’est pas forcément mauvais si tout le monde prend la peine d’étudier le sujet et réalise combien la situation de la société est dramatique. Espérons que cette énergie va se mettre au service du projet de relance que nous portons.


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  • Note de la rédaction 12 mars au soir : dans un souci évident d’équité, nous sommes en contact avec Patrick Mermilliod, partenaire du projet de reprise “4A”, concurrent du projet “Farinia”. Nous espérons pouvoir rendre compte de son point de vue dans les heures qui viennent, à tout le moins avant ce jeudi 15 mars, date fixée par le tribunal de commerce pour communiquer sa décision.

 

  • Mise à jour du mardi  13 mars midi : joint par nos soins, Patrick Mermilliod, partenaire de l’offre de reprise 4A, concurrente de celle de Farinia, déclare qu’il ne s’exprimera pas sur le dossier avant la décision du tribunal de commerce